De vous à moi

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Mercredi 7 novembre 2007

Papa, il faut que je te dise...

par Georges Dupuy

Pas facile d'être parent d'un homosexuel. Meurtris, certains d'entre eux se sont regroupés. Pour apprendre, ensemble, à s'y faire.

«J'avais tellement envie d'avoir des petits-enfants...» Quand leur fils, tout juste sorti de l'adolescence, leur a appris qu'il était homosexuel, Jeanne et Michel ont été désemparés. Meurtris. C'était il y a deux ans. Aujourd'hui, ils sont plus sereins. Mais ils continuent de se faire du souci pour leur rejeton: «Nous savons que sa vie va être dure.» La vie des parents l'est aussi... Même s'ils acceptent la sexualité différente de leurs enfants, ils disent presque tous en souffrir. Ils souffrent d'être, eux aussi, brutalement rejetés par la société, sinon par leur famille; les sondages qui prouvent que le monde devient plus tolérant les laissent sceptiques. «Lorsque ma belle-mère l'a su, elle m'a dit: "Ça ne vient pas de chez nous"», se souvient un anonyme. Ils souffrent de ne pas savoir clairement répondre à la question de leur responsabilité: «J'avais un frère gay. Je me suis longtemps demandé ce que j'avais reproduit dans mon fils», confie Françoise. Et ils souffrent de savoir que leur blessure ne sera jamais vraiment refermée: «Même si on croit avoir "digéré'' la révélation, on souhaite que les choses soient autrement.» Et cet autre père avoue: «On l'accepte, oui, mais en théorie. Comment vais-je réagir lorsqu'il va m'amener un homme plein de poils au lieu d'une petite blonde toute mignonne?»

Alors, que dire? Que faire? Comment le dire? Comment le faire? «On part avec des a priori ou bien pas d'idées du tout», reconnaissent Jeanne et Michel. Comme d'autres parents dans leur cas, ils ont trouvé Contact

(1)

. A sa création, au début de 1992, cette association, unique en son genre en France, était destinée à aider les jeunes homosexuels dans leurs rapports avec le monde extérieur et, notamment, leurs parents. Mais, bien vite, les fondateurs découvrent que les pères et les mères connaissent aussi d'énormes problèmes dans leurs relations avec leurs enfants. Contact s'ouvre alors aux familles, en 1993. Elle se veut maintenant, aussi, une passerelle vers l'extérieur et un lieu de lutte contre l' «homophobie».

Rien de formel, là-dedans: «Les parents viennent pour témoigner de leurs difficultés, pour écouter les autres et échanger leurs expériences. Ça leur fait du bien de ne pas se sentir seuls», raconte Françoise, qui anime certaines des réunions trimestrielles. Mais, avec ses 160 fidèles, dont une soixantaine d'adhérents, l'association reste encore confidentielle. Sans aucune structure permanente, sans grands moyens. Il y a trois ans, une subvention de la DGS (Direction générale de la santé) lui a permis de recruter ses premiers membres au cours d'une grande réunion dans un hôtel parisien. Depuis, les adhésions se font par le bouche-à-oreille ou à l'occasion de participations à des Salons spécialisés. Le fils de Jeanne et Michel leur a ainsi tendu le prospectus de Contact lors d'une visite à Homosocialité: «S'il nous a refilé ça, c'est parce qu'il avait envie que nous y allions. Nous y sommes allés», commente Michel. C'est d'ailleurs à ce même Salon que Françoise a été recrutée par les fondateurs de Contact.

Nul ne se fait cependant d'illusions. Il faudra une immense révolution mentale pour que la majorité des parents d'homosexuels osent sortir de leur anonymat et se regroupent dans des associations comme Contact. Le téléphone permet toutefois de répondre aux questions que se pose la majorité silencieuse. Des permanences sont ainsi assurées à Paris et dans la région parisienne, à Clermont-Ferrand et en Belgique. Au gré des disponibilités.

«La plupart de nos interlocuteurs sont des mères de famille. Généralement, les pères se cantonnent dans le déni», observe Françoise. En reconnaissant que «les plus démunis, ceux qui ont le plus besoin d'aide, n'appelleront jamais et resteront seuls dans leur désert moral». Surtout en province et au sein de certaines catégories socioprofessionnelles. Il n'est pas étonnant que les parents les plus actifs de l'association se recrutent plutôt parmi les enseignants, les cadres et les professions libérales. Car, si Contact est un lieu de parole, «encore faut-il avoir envie de parler». Ou être capable de le faire.

(1) 11, rue Félix-Terrier, 75020 Paris, (16-1) 43-70-50-89.

Par Petit ecrivain en herbe - Publié dans : L'homosexualité et ses abords - Ecrire un commentaire - Communauté : Peace & Love - Voir les 1 commentaires
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